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Les frères Prosek : les Tchèques qui ont lié leur destinée à la Bulgarie

mardi, 16 décembre 2025, 14:00

Les frères Prosek : les Tchèques qui ont lié leur destinée à la Bulgarie

PHOTO : mzv.gov.cz/Ivan Shishiev

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Les frères Jiri et Theodor Prosek, célèbres ingénieurs tchèques venus en Bulgarie au milieu du XIXe siècle, tombent à jamais amoureux de notre pays. Leur immense contribution à l’aspect contemporain de la Bulgarie a été rappelée à un événement à Sofia consacré aux 120 ans de leur décès, survenu la même année pour les deux frères, morts bien trop jeunes sans avoir achevé beaucoup de leurs œuvres au profit de la Bulgarie.

PHOTO : Ambassade de Slovaquie en Bulgarie

La  célébration, comprenant entre autres une projection de film documentaire et de la bière tchèque, a eu lieu en présence notamment des ambassadeurs de la République tchèque et la Slovaquie. Elle était organisée par leurs descendants qui, bien que ne portant pas le nom de famille Prosek, préservent jalousement la mémoire de leur généalogie et étudient en détail la vie et l’œuvre de leurs célèbres ancêtres.

Les frères Prosek sont des personnalités remarquables – bâtisseurs, acteurs culturels et économiques ayant choisi la Bulgarie comme seconde patrie et embrassant le destin du peuple bulgare, en en faisant leur destin personnel. Ils laissent une trace marquante dans l’histoire bulgare et changent même leurs prénoms en des prénoms bulgares : Jiri devient Gueorgui et Theodor devient Bogdan.

Gueorgui (Jiri) et Bogdan (Theodor) Prosek

PHOTO : Wikipedia

En 1869 Gueorgui Prosek, qui a terminé ses études supérieures, arrive en Bulgarie et à l’âge de 23 ans il se joint aux travaux de construction du chemin de fer en Thrace, faisant partie des "Chemins de fer orientaux". Il se fixe au village Almali (aujourd’hui Yabalkovo) avec d’autres ingénieurs tchèques et polonais. En 1871, après s’être rapproché du comité révolutionnaire local, il fonde "La maison slave" et sous couvert d’activité culturelle il met sur pied le premier comité révolutionnaire secret international. A Almali il fait la connaissance de Vassil Levski, ce qui contribue à le lier encore plus à la lutte de libération et il se met à fournir des armes prétextant qu’elles sont pour assurer la sécurité du chemin de fer et sert en outre de courrier transportant des messages secrets entre les révolutionnaires.

PHOTO : sanstefanoplaza.com

"Je connais l’histoire de ma famille de sources diverses. J’ai beaucoup appris des archives que j’ai fouillées de fond en comble dans les années 90, j’ai lu tout ce qu’il y avait dans les Archives d’État et les anciennes archives des tribunaux. C’était en lien avec la possibilité de récupérer notre droit de propriété sur les biens immobiliers nationalisés après 1944", dit sur Radio Bulgarie Nikola Tsokev, descendant du frère cadet Bogdan Prosek :

Les frères Prosek étaient inséparables en dépit de leurs 10 ans d’écart. Ils avaient aussi une sœur, qui est restée en Tchéquie, s’est mariée et est partie aux États-Unis. Jiri Prosek arrive avant la Libération (du joug ottoman en 1878) et ce n’est pas un hasard. Encore étudiant, il fait la connaissance d’Ivan Drassov, compagnon de lutte de Christo Botev, qui lui parle du mouvement de libération nationale et des idées de Gueorgui Rakovski et du Comité central révolutionnaire bulgare. Cela le motive et il arrive en Bulgarie déjà informé des luttes sur place. Contrairement à lui, son frère Bogdan arrive après la Libération. De nos jours encore, une rue du village Yabalkovo porte le nom des frères Prosek, avec des plaques mémorielles et les gens les gardent en, mémoire – la plupart de leurs descendants y vivent toujours.

Brasserie des frères Prosek à Sofia 1912

PHOTO : Archives d’État

L’association des brasseurs de Bulgarie a un immense respect non seulement envers les frères Prosek, mais envers les Tchèques en général comme entrepreneurs. "Les maîtres brasseurs tchèques ont produit la première bière en Bulgarie et ont formé pendant des années une grande partie des brasseurs bulgares, laissant ensuite la guilde dans leurs mains", ajoute Nikola Tsokev. La présidente de l’Union des brasseurs Ivana Radomirova ajoute :

Il est bien plus important de savoir qu’ils ont apporté une nouvelle culture, une culture européenne à Sofia, qui n’était qu’une petite ville de 10 000 habitants à l’époque de la Libération. Gueorgui et Bogdan produisent la bière qui contribue à former une nouvelle culture citadine moderne, à l’image de celle d’Europe occidentale et surtout celle de l’Empire austro-hingrois. Il est tout aussi important que les frères Prosek sont au nombre des bâtisseurs de la Bulgarie moderne avec beaucoup de contributions dans l’architecture de la ville. Ce n’est pas un hasard si l’auteur du Pont des Aigles et du Pont des Lions, deux des endroits emblématiques de Sofia, est de cette famille (leur cousin Vaclav Prosek – NdlR).

Le Pont des Aigles à Sofia

PHOTO : Proshek.com

Guergana Mantchéva

Version française : Christo Popov